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 Rhétorique

Définition sommaire
Dans la Rhétorique, Aristote définit cette discipline comme "la faculté de considérer, pour chaque question, ce qui peut être propre à persuader ". Cet art de persuader s'exerçait d'abord dans un contexte politique: les discours judiciaire, délibératif et épidictique.
la Rhétorique est donc l' "art du discours"; elle est devenue une norme, et a engendré une discipline qui envisage les buts des discours et les moyens de leur élaboration, les procédés mis en oeuvre pour convaincre et persuader. La rhétorique n'a donc de sens que dans une situation de communication qui fait appel à la raison d'un auditoire défini. Elle utilise à ce titre une stratégie argumentative qui exploite toutes les ressources du langage (le logos en grec désignant autant le langage que la raison). 
Elle étudie donc aussi bien la recherche des sujets et des arguments à développer, que la façon de les agencer dans le propos, la forme d'expression de celui-ci, et les manières de le présenter au public.
La Rhétorique se fonde d'abord sur la notion de lieu commun (topos), c'est à dire sur des opinions partagées par tous. C'est un point de départ. Aristote souligne ensuite l'importance de la notion d'ethos qui correspond à l'image que le locuteur donne de lui-même dans son discours. Par exemple, on remarque dans certains discours politiques l'implication du politicien, qui, pour toucher son auditoire, évoque sa vie familiale pour montrer à ses électeurs à quel point il se sent proche d'eux !
 
Historique sommaire
On fixe en général l'apparition de la Rhétorique au Vème siècle avant J-C, en Sicile, à un moment où eurent lieu de nombreux procès de propriété, devant des jurys populaires. L'art de produire des discours efficaces devint très vlte manière d'enseignement et de traités. 
  • En Grèce, le système politique, la démocratie en vigueur dans des cités comme Athènes, suscita une pratique constante du discours politique. Au IVème siècle. avant J.-C., Aristote résuma la Rhétorique grecque en un traité, sa Rhétorique (rédigée parallèlement à une Poétique, une Physique et une Logique). 
  • A Rome, la Rhétorique était le domaine d'avocats et d'hommes politiques, qui l'envisageaient en théoriciens et en praticiens (Cicéron), ou en professeurs spécialisés (Quintilien). Elle étend son influence sur les oeuvres littéraires, recoupant ainsi en partie le domaine de la Poétique. 
  • Tout au long du Moyen Âge et à partir de la période dite du moyen français et jusqu'au XVIIème siècle, la Rhétorique occupe en France une place éminente dans la vie publique et intellectuelle, qui repose largement sur l'exercice direct de la parole (voir la poésie au 15è et 16è) Les Belles-Lettres (Histoire, poésie et éloquence) restent liées de près à "l'art de bien parler", partie essentielle de l'enseignement, en particulier dans les collèges religieux.
  • Aux XVIIIème et XIXème siècle Ia Rhétorique conserve une place importante dans les institutions (et la classe de Lycée que nous nommons aujourd'hui la Première s'est appelée "Rhétorique" jusqu'au milieu du XXème siècle.). Mais le développement des sciences et de leur enseignement, ainsi que de l'enseignement de la littérature française, entament sa domination. De plus, au lieu d'être considérée comme art général du discours, elle tend à se spécialiser dans la pratique des figures et procédés, d'où les jugements péjoratifs dont elle est l'objet, qui la taxent d'artifice. 
  • Au début du XXème siècle, elle subsiste mais a abandonné le terrain du débat d'idées pour se cantonner au rôle de discipline auxiliaire des études littéraires. Sa part va diminuant, et on parle au milieu de ce siècle de la mort de la Rhétorique. Elle n'en subsiste pas moins, même implicite, comme pratique constante pour tous les discours. Elle fait même depuis les années 1960, l'objet de recherches renouvelées. 
 
La Rhétorique reste aujourd'hui une réalité vivante:
  • elle est nécessaire à l'analyse des textes composés à des époques où elle était dominante; 
  • surtout, elle prospère à travers les formes masquées qu'elle prend dans la presse, les débats politiques, les tribunes et tables rondes télévisées, certains exercices scolaires, etc. Une connaissance minimum des procédés rhétoriques est donc utile pour mieux comprendre et analyser toutes les espèces de discours et aussi déjouer leurs pièges éventuels. 
    • Les principaux types de discours
      La Rhétorique ancienne distingue trois sortes principales de discours: 
      • le délibératif concerne surtout le domaine politique, lorsqu'il s'agit de porter devant une assemblée les informations et leurs commentaires, nécessaires pour pouvoir décider d'une conduite à tenir; 
      • le judiciaire, utilisé dans les procès, est l'art de discuter sur la façon de juger un acte, une personne; 
      • I'épidictique, qui est l'art de faire l'éloge (ou le blâme) d'une personne ou d'une institution. 
         
    • Ces types de discours n'ont pas disparu des pratiques actuelles: débats politiques, plaidoiries au tribunal, restent dans le droit fil du délibératif et du judiciaire; de même, une lettre privée peut être un plaidoyer et une conversation viser à prendre une décision; les techniques de la publicité sous toutes ses formes, d'autre part, sont dans la lignée épidictique. Ces trois domaines de discours ne sont pas séparés par des frontières fixes ni étanches: faire l'éloge des actions passées d'une personne, au cours d'un procès pour inviter le jury à la clémence, fait intervenir le registre I'épidictique au sein d'un discours judiciaire; une publiclté peut, pour faire l'éloge d'un produit, utiliser un tour délibératif.
       
    • L'élaboration du discours
      Pour élaborer le propos (trouver les arguments et les mettre en forme), la Rhétorique distingue quatre étapes: 
      • l'invention (le mot latin est: inventio) consiste à trouver des arguments, à partir d'un sujet et d'une situation donnés, en fonction d'un but que l'on vise par rapport à des destinataires précis; 
      • la disposition (dispositio) consiste à classer, ordonner et enchaîner ces arguments pour former le canevas du discours. Elle pose la question du plan, de la structure d'ensemble du propos discursif. La Rhétorique envisageait un ordre fixé, mais ce peuvent être aussi les arguments qui, par leur nature et leur dynamique propres, imposent l'ordre que doit suivre le discours: il y avait là, d'ailleurs, un sujet de désaccords entre les spécialistes de la Rhétorique. Dans la pratique courante, les discours mêlent souvent les deux démarches. 
      • l'élocution (elocutio) est la mise en mots et en phrases du propos, son expression proprement dite. Elle est le lieu où interviennent les figures de rhétorique. 
      • l'action (actio) consiste à prononcer le discours; elle est constituée par les gestes, mimiques et intonations de l'orateur, que peuvent renforcer aujourd'hui les jeux de la caméra au cinéma ou à la télévision. Elle laisse des traces à l'écrit (indications scéniques au théâtre, formules supposant un geste à l'appui, etc.), mais le plus souvent celui qui lit un discours qu'il n'a pas écrit doit la supposer à partir du style et du texte. 
 
La Rhétorique correspond donc à des démarches nécessaires pour l'élaboration d'un discours. Mais elle peut aussi, dans le même mouvement, faire de ces démarches autant de séries de procédés et d'artifices: bien souvent, il est impossible de faire la part de ce qui est démarche naturelle, spontanée, et de ce qui est pur artifice; c'est que tout discours vise à imposer des idées, une opinion, et ne peut que recourir aux moyens de les faire valoir. Toutes ces démarches peuvent être analysées selon leur technique: c'est ensuite au lecteur, devant chaque texte, de juger en fonction de la vision des faits et de l'idéologie qu'elles tendent à imposer.

Article n°: 239-251 - Article démo: 10.840 caractères. - Article complet: 10.840 caractères.



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